26 mai 2026

Luc aime être pénétré par une femme parce que c’est bon et égalitaire

A l’adolescence, Luc, aujourd’hui 32 ans, découvre le plaisir anal sur lui-même. Bien des années plus tard, il nous raconte son expérience, son plaisir, mais aussi sa défense pour une sexualité masculine plus libre, loin de la caricature de l’homme pénétrant et dominant.

J’ai été attiré par le plaisir anal très tôt, vers 12 ans. Je découvrais tout juste le plaisir sexuel et je ne pensais pas encore au sexe à deux à l’époque. J’avais simplement des sensations très érogènes autour de l’anus, notamment sous la douche. J’ai toujours été à l’affût des messages de mon corps, très connecté à lui. Je vous parle et je sens mon pouls dans mes doigts, par exemple.

« Tout a commencé au collège, en cours de natation »

Ce qui m’a poussé à tester l’anal, c’est une scène à la piscine avec ma classe au collège. J’étais au bord du bassin avec les autres garçons. En brochette et en maillot, on attendait les filles encore au vestiaire. Il y en a un qui a balancé « Mais qu’est-ce qu’elles font ? » et un autre qui a répondu – parce que c’était l’âge : « Elles sont en train de se doigter ». On était sur une bonne blague de garçons pré-pubères. Mais quelque chose s’est dessiné dans mon esprit. J’ai imaginé la scène et je me suis dit que moi aussi, je pourrais « me pénétrer ». Alors j’ai eu envie d’essayer, j’étais curieux.

J’ai testé avec mon doigt et du savon, pire erreur. Mais t’es gamin, tu n’en sais rien, tu prends ce que t’as sous la main. Ça m’a irrité, aucune sensation au rendez-vous. Mais je n’ai pas été découragé. Je suis revenu à la charge par de simples caresses. Finalement, je me masturbais depuis peu et je dirais que j’ai découvert le plaisir phallique et le plaisir anal à quelques mois d’intervalle à peine.

« Au départ, j’avais recours à l’anal pour jouir plus fort et plus vite »

Plus jeune, je ne cherchais pas ce que l’on appelle le plaisir prostatique ou même l’orgasme prostatique. J’associais plutôt l’anal à un interrupteur : en insérant un doigt dans l’anus et en caressant cette zone, le sphincter anal se détend, le périnée se relâche, et l’éjaculation vient plus rapidement. J’ai d’ailleurs remarqué que même sans toucher mon anus, mes orgasmes partaient de cette zone, qui se contracte. Le plaisir naît sur un terrain bien plus large qu’on ne le pense.

Pour moi, cette pratique était donc un moyen d’accentuer le plaisir. Le fait de réaliser petit à petit que c’était un tabou participait à l’excitation. Alors j’ai commencé à me renseigner, à obtenir des informations, et à réaliser que je pouvais découvrir de nouveaux plaisirs et que la stimulation anale n’était pas juste « utile » à mon éjaculation.

« Aimer la pénétration anale n’est pas donné, ça se travaille »

Bien sûr, le plaisir n’était pas toujours facile à atteindre. Aimer la pénétration anale n’est pas donné. Ça se travaille. Les sensations sont complexes et il faut une certaine dose d’effort mental pour supporter la douleur. Je ne parle pas d’une douleur négative, c’est comme les étirements, ça fait mal et en même temps ça fait du bien. Et plus on a envie de ressentir le plaisir, plus on le ressent.

Je me suis posé la question de mon orientation sexuelle uniquement lorsque j’ai découvert le concept d’homosexualité, mais j’ai rapidement réalisé que ça n’avait aucun lien avec mon plaisir. Je me sentais déjà puissamment attiré par les filles à cette époque. J’ai toujours eu envie de partager le plaisir anal avec des femmes et je n’ai pas d’attirance sexuelle pour les hommes, même pas sur le terrain du fantasme.

J’ai pu expérimenter l’orgasme prostatique lorsque j’ai acheté un sextoy spécialement conçu pour stimuler la prostate, et j’aime ça. J’atteins souvent ce genre d’orgasme, assez différent des autres. Pourtant, je ne crois pas qu’il existe deux orgasmes. C’est la même histoire qu’entre vaginal et clitoridien. Atteindre l’orgasme nécessite, selon moi, l’action conjointe d’un certain nombre d’organes (pénis, muscles du périnée, prostate, testicules). Je ressens des orgasmes différents selon la manière de stimuler ces organes. C’est comme ça que je varie les plaisirs. Mais au fond, c’est toujours un seul et même orgasme.

« On n’envisage mal qu’un homme puisse aimer l’anal, c’est dur de challenger cette vision »

Je n’en parlais pas quand j’étais jeune. De sexe oui, mais d’anal, non. Pourtant, je n’ai jamais eu honte. Mais je craignais la moquerie. Au départ, je pensais qu’il serait plus simple d’en parler avec des femmes, mais ce n’est pas si évident, d’autant plus dans un cadre de séduction. Certaines sont agréablement surprises, mais d’autres sont choquées, comme si je perdais toute virilité à leurs yeux. J’ai déjà discuté avec des femmes qui avaient essayé l’anal sur elle, qui aimaient ça, et pourtant, elles n’estimaient pas ça excitant sur moi. Je l’explique par l’image que nous avons de la pénétration. Cette dernière représente un fantasme de domination et l’idée même qu’un homme puisse se mettre dans une position de dominé casse l’image du mâle dominant, donc ça n’a plus rien d’érotique.

Tout ça a alimenté mon silence. Personnellement, j’ai toujours été étonné de rencontrer des femmes qui se revendiquent féministes et qui dans la sphère intime n’envisagent pas qu’un homme puisse aimer l’anal. Il y a un manque d’ouverture : pourquoi ne questionne-t-on pas mon plaisir, ses leviers ? On enferme la sexualité masculine dans un schéma mécanique : on touche un pénis, le pénis durcit, c’est l’érection et l’éjaculation, fin de l’histoire. C’est dur de challenger cette vision. Il nous faut faire un effort réel de compréhension du point de vue de l’autre, et ne pas s’arrêter juste au premier niveau, le niveau du rationnel. Il est nécessaire de descendre au niveau émotionnel, de se projeter dans les émotions de l’autre. Et pour ça, quoi de mieux que de se retrouver physiquement à la place de l’autre ?

« Pour moi, un homme devrait tester sur lui avant de vouloir essayer avec une femme, c’est une question d’égalité »

Je trouve ça malvenu pour un homme de vouloir pratiquer l’anal sur une femme sans avoir au moins testé une fois sur lui. C’est l’unique moyen pour les hommes de ressentir vraiment ce que ça fait.

Je ne dis pas que je fais du plaisir anal masculin un combat, mais je trouve que le sexe anal est une occasion pour les femmes et les hommes de se sentir à égalité dans une partie de leur sexualité, et de pouvoir réellement partager leurs sensations. Et j’ai envie de montrer que tu peux aimer l’anal et être un mec, sans perdre ta masculinité pour autant.

C’est pour ça que j’ai préféré me rendre en boutique quand j’ai voulu essayer les sextoys, au lieu d’acheter sur internet. J’avais envie d’assumer sans craindre les regards. Certes, quand j’ai poussé la porte d’un sexshop pour la première fois, je n’étais pas hyper fier, mais finalement, l’appréhension s’évanouit rapidement. Les vendeurs sont toujours très sympas, très ouverts, jamais dans le jugement. En plus, aujourd’hui, les sexshops sont des magasins ordinaires. C’est la même chose que d’aller dans une librairie acheter un bouquin.

« C’est difficile de parler d’anal à une fille sans passer pour un mec lourd »

J’ai eu envie, avec le temps, d’offrir du plaisir anal à mes partenaires. Mais j’ai trouvé ça compliqué de mettre le sujet sur la table et de tenter. J’ai longtemps été partagé et donc bloqué : soit je racontais que j’aimais ça sur moi, mais je risquais de briser une image et de passer pour un mec qui argumente pour convaincre – alors que mon seul objectif était de montrer mon ouverture d’esprit et ma position égalitaire, soit je ne disais rien mais je passais pour un mec lourd et sans tact, qui pense à son plaisir et rêve de s’enjailler d’une bonne sodomie sans jamais jouer la carte de l’empathie.

Bref, je ne savais pas sur quel pied danser, et puis l’anal ça se prépare. On n’est pas dans un porno. Au départ, ce n’est pas toujours dingue, il faut se connaitre, s’apprivoiser, avoir confiance. Du coup, les premières fois, c’est érotique pour moi dans le principe, pas forcément dans le concret.

A force j’ai réussi, mais sans jamais parler de moi. Je n’y arrivais pas. Plusieurs cas de figure se sont présentés. Parfois, je me taisais et commençais à caresser la région anale, sans intrusion aucune. Sinon je proposais des anulingusje leur demandais si ça leur plaisait, si elles avaient envie de plus, d’un doigt. Je me souviens de la première fois, du premier doigt. Je stimulais le clitoris de ma partenaire en même temps. Mais elle a eu mal, on a donc arrêté.

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Source : Journal de femmes

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