Propulsée par Ovidie, Anoushka s’impose aujourd’hui comme nouvelle réalisatrice de pornos féministes. La jeune femme de 35 ans combat avec détermination les clichés véhiculés par le « porno à papa ». Témoignage.
Je suis devenue réalisatrice porno par hasard. Du moins, je n’ai jamais pensé à faire ce métier. J’ai simplement fait les bonnes rencontres au bon moment. La première, et la plus importante, s’appelle Ovidie, que je considère aujourd’hui comme ma marraine.
J’ai fait une école de cinéma puis j’ai décroché un master en communication et marketing, ce qui m’a permis d’entrer dans le monde de la télévision, jusqu’à ce qu’une opportunité se présente chez French Lover TV. J’ai été nommée directrice de production, notamment sur le film Nuit sans fin d’Ovidie. C’est comme ça que j’ai découvert le porno féministe. Et ça m’a sauté aux yeux : nous manquons terriblement de « vrais » pornos. J’ai alors décidé de me lancer, encouragée par l’experte du genre. J’ai ainsi proposé un premier synopsis à Canal + à une période où la chaîne cherchait à féminiser la case adulte. Mon premier film, Gloria, a été tourné à Berlin pour mélanger la scène alternative berlinoise et mainstream française. Ce film est différent parce que très underground. Il a été diffusé en 2016. Un premier pas.
En parallèle, j’ai lancé mon site internet, sur lequel je publie des courts-métrages qui abordent à chaque fois une thématique, comme l’orgasme, le BDSM… A la fin, les acteurs partagent leur expérience.
« Il faut casser les codes du porno mainstream »
Je tente d’apporter un autre regard au X. Je montre toutes les sexualités, tous les corps, le but étant de casser les codes du porno mainstream, aussi dit « porno à papa », qui surfe sur un tas de clichés et de stéréotypes. Je ne suis pas dans la minceur, pas dans l’épilation intégrale, pas dans la femme objet, pour une meilleure identification du public, mais aussi pour défendre la place des femmes. Mes actrices prennent possession de leur corps. Elles existent à l’écran.
« Je ne suis pas dans la minceur, pas dans l’épilation intégrale, pas dans la femme objet«
Les hommes aussi subissent un paquet d’injonctions, entre abdos parfaits et gros pénis. Je m’évertue à créer des histoires réelles, je mets en place une ambiance, je fais monter le désir, j’écris des dialogues. Mes scénarios ne racontent aucune histoire incongrue, du genre on se croise et on couche. Je fuis tout ça. Ma démarche est militante – aussi pédagogique : elle replace l’individu au centre. Finalement, mon but est de mettre du sexe dans un film qui emprunte les codes du cinéma.
Je n’impose aucune position et aucune pratique. Et mes plans ne sont pas exclusivement génitaux et phallocentrés. Les deux acteurs font l’amour comme s’ils étaient dans l’intimité. L’objectif n’est pas la performance. L’esthétique et l’authenticité priment.
J’ai autant de spectateurs hommes que femmes, et beaucoup de couples. Le retour des gens est positif, ils sont satisfaits. C’est encourageant. Après, il y a toujours une partie de la population habituée au porno classique, qui a besoin d’aller droit au but. Je ne conçois pas mes réalisations comme un support masturbatoire, d’où leur déception.
« Les acteurs se rencontrent avant, ils prennent le temps de se connaître »
Beaucoup d’acteurs me contactent pour tourner avec moi, qu’ils soient mainstream ou de la nouvelle scène alternative. Parfois, ce sont même des camgirls qui désirent aller sur un nouveau terrain.
Je ne réalise pas de casting. On discute par téléphone ou via skype de ce que l’actrice ou l’acteur a envie de faire, mais aussi de ses limites. Nous prenons le temps d’échanger. Par la suite, je leur fais parvenir le script, qu’ils valident ou non. Je les invite à me proposer des modifications s’ils sont mal à l’aise avec une scène, un passage.
La relation entre les deux acteurs qui vont coucher ensemble est primordiale. Dans un premier temps, ils me font savoir si le partenaire choisi leur plait. Je les mets ensuite en contact. Quelque chose se créé. C’est la différence avec le mainstream, où les acteurs ne se connaissent pas. Je prends le contre-pied. Dans mon cas, cette complicité avant tournage permet d’avoir à l’image quelque chose de sincère, une alchimie particulière. Ils se disent les choses avant. Il n’y a pas de mauvaise surprise. Je ne force rien, ne commande rien, je les laisse vivre leur connexion sous une caméra accessoire. Et si certains ne sont pas prêts, parce que l’excitation sexuelle ne tombe pas du ciel, on patiente, on parle de tout et de rien. Il n’y a aucune pression.
Source : Journal des femmes
