Être « trop gentil » : comment apprendre à poser des limites aux enfants
Dans la cour de récréation, un enfant peut se faire prendre son jouet sans protester, même si ses parents lui ont répété qu’il faut être poli, partager et ne pas faire d’histoires. Mais jusqu’où cette gentillesse protège-t-elle réellement ?
Pour le psychologue espagnol Xavier Guix, auteur de 14 livres, cette « bonté mal comprise » peut transformer certains enfants en adultes incapables de dire non. Son dernier ouvrage, El problema de ser demasiado bueno, publié en 2024, explique comment un enfant élevé à être « parfait » peut finir par s’oublier lui-même.
Chez les parents, on entend souvent : « Mon enfant est trop gentil, comment lui apprendre à poser des limites sans devenir agressif ou égoïste ? » Entre la peur du conflit, la pression des pairs et la nécessité de bien se comporter, la frontière est mince. C’est là que les repères adultes sont essentiels.
« Sois gentil » : un message qui peut se retourner contre l’enfant
Dans nos familles, un véritable « mandat social d’être bon » pèse sur les plus jeunes. Xavier Guix explique que, dès la naissance, on leur inculque des messages comme « porte-toi bien », « tais-toi » ou « sois obéissant ». Pris au pied de la lettre, ces consignes poussent l’enfant à se concentrer surtout sur le bien-être des autres, au détriment de ses propres ressentis et désirs.
Le spécialiste insiste : il ne s’agit pas d’interdire à un enfant d’être correct, mais d’éviter les consignes vagues qui n’apprennent rien concrètement. Par exemple, dire « sois gentil » ne donne pas de repère précis. En revanche, donner des instructions claires comme « dans ce magasin, on marche et on parle doucement » permet d’établir des limites concrètes.
Il en va de même pour le partage : demander à l’enfant de prêter son jouet sans explication claire peut créer une incohérence. Si l’adulte ne prête pas sa voiture, il est difficile pour l’enfant de comprendre pourquoi il doit le faire lui-même.
Apprendre à un enfant trop gentil à poser des limites
Pour Xavier Guix, l’assertivité est essentielle. Elle consiste à exprimer clairement ce que l’on veut ou refuse, sans agressivité ni soumission. Il recommande d’apprendre aux enfants à répondre, plutôt que de se taire, avec des phrases simples comme « Ne me fais pas ça ».
Ces phrases, même si elles ne stoppent pas toujours l’autre, permettent de poser une frontière et d’éviter que l’enfant se sente insignifiant. Ce travail doit commencer dans le calme, en rejouant des situations du quotidien : un camarade qui prend le goûter, un adulte qui insiste pour un bisou, un ami qui pousse à essayer une cigarette.
Il est utile de proposer à l’enfant des formules toutes faites à répéter, comme :
- « Je n’ai pas envie de prêter mon jouet maintenant. »
- « Non, je n’aime pas ça. »
- « J’arrête ce jeu, il ne me plaît pas. »
- « Je préfère faire autre chose. »
La désobéissance saine, adolescence et ses traces à l’âge adulte
Xavier Guix souligne que « désobéir » peut être positif, dans une certaine mesure. Les enfants ne sont pas de vases vides à remplir ; ils ont des penchants que les parents peuvent apprendre à connaître. La prise de décision continue d’évoluer jusqu’à l’âge adulte, vers 25 ans.
L’adolescence représente un tournant : le groupe devient prioritaire. Certains jeunes peuvent faire preuve de rébellion à la maison tout en étant très soumis avec leurs amis, suivant la mode ou des choix qui ne leur conviennent pas, pour rester intégrés.
Lorsque la « mauvaise bonté » s’installe, les adultes concernés sont souvent « toujours bons, sacrificiels et appliqués ». Ils agissent par devoir, en mettant les besoins des autres avant les leurs. Ils ressentent souvent de la culpabilité lorsqu’ils posent une limite, retiennent leur colère et peuvent somatiser ce qu’ils n’osent pas exprimer.
Face à une injustice ou à du harcèlement scolaire, il est conseillé aux parents d’écouter l’enfant, de l’inciter à raconter ce qui s’est passé, puis de prendre en charge la discussion avec l’école. Il ne faut pas demander à l’enfant de faire face seul à une situation qu’il n’ose pas contester.
