Pourquoi les hommes vivent-ils moins longtemps que les femmes ? L’explication d’un médecin urgentiste
Selon l’Institut national d’études démographiques (INED), l’écart d’espérance de vie à la naissance entre hommes et femmes en France était de 5,9 ans en 2022. En moyenne, un homme de 65 ans peut espérer vivre encore 19,2 ans, contre 23,1 ans pour une femme. Les démographes soulignent que cet écart se réduit lorsque les comportements en matière de santé deviennent similaires, ce qui montre que la biologie n’est pas la seule explication.
Ce constat, que le médecin urgentiste Dr Priyam Bordoloi observe souvent dans les services d’urgence, lorsqu’il voit des hommes d’âge moyen hospitalisés pour un infarctus ou un AVC, relance une vieille question : pourquoi les hommes meurent-ils plus jeunes que les femmes alors qu’ils partagent le même environnement ?
Les hormones pourraient augmenter le risque chez les hommes
Sur le plan biologique, Dr Priyam Bordoloi évoque d’abord le rôle des hormones. Les œstrogènes, hormones féminines, aident à garder les artères souples, favorisent un bon profil de cholestérol et limitent la formation de plaques d’athérome dans les vaisseaux du cœur. La testostérone, plus présente chez les hommes, est quant à elle associée à un profil lipidique moins favorable.
Il rappelle également que les femmes disposent de deux chromosomes X, riches en gènes de réparation cellulaire et d’immunité. Si un gène est défectueux sur l’un, l’autre peut parfois compenser. Les hommes, avec un seul chromosome X et un Y, n’ont pas cette « copie de secours ».
Le médecin évoque aussi la possibilité que la masse corporelle plus importante, façonnée par la testostérone, puisse user plus rapidement les organes. Des travaux relayés par Harvard montrent qu’en biologie comparée, les grands animaux vivent souvent plus longtemps que les petits, même si cette règle n’est pas systématiquement valable pour l’humain.
Un excès de fer chez l’homme qui peut être dangereux
Le médecin souligne également le rôle du fer. Les femmes en âge de procréer perdent régulièrement du fer lors de leurs règles, alors que les hommes accumulent du fer tout au long de leur vie. Un excès de fer peut favoriser le stress oxydatif, c’est-à-dire des agressions chimiques répétées sur les cellules et tissus, y compris ceux du cœur.
Une étude publiée sur PubMed indique qu’un stock élevé de fer chez les hommes est associé à un stress oxydatif accru et à une moindre sensibilité à l’insuline, sans pour autant établir un lien direct avec la mortalité.
Une part importante et modifiable
Les médecins de Harvard s’accordent sur un point : les comportements jouent un rôle majeur. Les hommes fument et boivent en moyenne plus que les femmes, occupent souvent des métiers dangereux, sont plus exposés aux accidents de la route et consultent moins tôt en cas de problème de santé. Aux États-Unis, ils rappellent aussi une plus grande fréquence des conduites à risque, de l’isolement social et du suicide, autant de facteurs qui réduisent l’espérance de vie.
Cette part « modifiable » offre des pistes d’action. Après 40 ans, un suivi régulier de la tension artérielle, du cholestérol, de la glycémie et du poids, combiné à l’arrêt du tabac, une consommation modérée d’alcool, de l’activité physique et une attention à la santé mentale, peut permettre de réduire le risque de maladies cardiovasculaires et métaboliques. Des études montrent que lorsque les hommes adoptent des habitudes de vie proches de celles des femmes et utilisent davantage les soins, l’écart d’espérance de vie tend à diminuer.
