Pendant près de 45 ans, la psychothérapeute belgo-américaine Esther Perel a accompagné de nombreux couples en crise. Elle a également recueilli des confidences d’amants et de partenaires trompés. Au fil de ces années, elle en est arrivée à une conclusion surprenante : ce qui pousse quelqu’un à tromper n’est pas forcément un manque de sexe ou d’amour. Selon elle, la principale raison est souvent une tentative de raviver une relation qui s’est éteinte et de retrouver un sentiment de vivre pleinement.
L’infidélité est une réalité courante dans la vie des couples. Selon une étude de Statista citée par Vogue France en 2022, 46 % des hommes et 38 % des femmes en France ont déjà été infidèles. Esther Perel rappelle que l’infidélité existe depuis l’origine du mariage, pour des raisons variées : rejet, trahison, rupture ou solitude. Elle souligne aussi que certaines motivations sont très personnelles, voire internes. Elle explique que derrière une liaison, il peut simplement s’agir d’un premier mariage qui se termine, laissant la possibilité d’en créer un autre.
Ce que révèle Esther Perel sur l’infidélité dans les couples
Dans ses consultations et dans son livre Mating In Captivity : Unlocking Erotic Intelligence, la thérapeute analyse comment le mariage moderne a changé. Aujourd’hui, il concentre souvent les attentes sur le besoin de sécurité et de confort. Or, ces éléments peuvent étouffer le mystère et l’érotisme, qui sont essentiels pour entretenir le désir. Elle compare le couple à un accordéon, qui doit alterner rapprochement et distance, unité et différenciation.
Elle souligne aussi que la vie quotidienne, avec ses écrans, la fatigue et la réduction des échanges à la logistique, peut laisser la relation en surface. Au fil du temps, cette relation peut perdre de sa vitalité intérieure, même si elle semble encore stable en apparence.
La principale motivation derrière l’infidélité
Esther Perel explique que l’infidélité apparaît souvent comme une réaction à une « mort » de la relation. Cette mort n’est pas toujours visible. Parfois, l’intimité a tellement envahi l’espace commun que le désir s’est éteint. D’autres fois, l’absence, la négligence ou la solitude donnent l’impression que l’on n’est plus reconnu par l’autre. Tromper devient alors une manière de retrouver une part de soi, plus vivante, plus désirable, plus audacieuse. Pour la thérapeute, beaucoup ne cherchent pas seulement une nouvelle histoire, mais une nouvelle façon de se sentir en vie.
Prévenir l’infidélité : curiosité et distance choisie
Face à cette « mort » progressive, Esther Perel propose une solution : la curiosité. Elle définit cette dernière comme une exploration, une découverte, un engagement avec l’inconnu. Elle invite chaque partenaire à se demander quand il a été attiré par l’autre pour la dernière fois. Pour encourager la différenciation, elle évoque aussi l’intérêt pour des séparations physiques, comme un lit ou un voyage séparé, qui peuvent stimuler le désir. Selon elle, le désir a besoin d’espace, de liberté et de mystère pour continuer à évoluer.
Elle recommande également de sortir des échanges purement pratiques. Par exemple, parler uniquement de courses ou de planning limite le champ du désir. Au contraire, elle conseille de partager des moments de convivialité, d’amis ou d’expériences, pour maintenir la relation vivante. La curiosité et le jeu sont essentiels pour se redécouvrir mutuellement et éviter que la relation ne se fige totalement.
