Charlotte, 33 ans, est en couple depuis deux ans avec Florian. Ils font l’amour tous les jours ou presque. Si le plaisir est au rendez-vous, la jeune femme se sent prise dans une routine sexuelle difficile à briser.
Aujourd’hui, une sexualité hyperactive est plus valorisée qu’une sexualité épanouie. En d’autres mots, plus on fait l’amour et plus on teste de pratiques, plus c’est tendance. Dans La vie sexuelle en France (éd. La Martinière), la sociologue Janine Mossuz-Lavau parle de « dernier tabou » : si raconter notre dernière sodomie ne nous fait pas rougir, avouer qu’on ne fait plus l’amour, si.
L’absence de sexe est indicible. Alors on en vient à compter. Compter le nombre de rapports mensuels idéal et le nombre de minutes que dure la partie. Et quand le chiffre frôle la moquette, on s’interroge, on cherche à stimuler son désir, à augmenter le rythme, à marcher dans les clous. A la clé, plusieurs promesses : un couple qui tient la route, un moral en béton, une santé de fer. Dans cette optique, faire l’amour tous les jours devient presque un objectif, un mode de vie. C’est plus agréable de jouir que de culpabiliser, on en conviendra.
Or, quand on creuse et remet les injonctions à leurs places, quand on entre dans les coulisses et questionne notre désir sexuel, on réalise que le sexe quotidien n’est pas forcément grisant. Charlotte a 33 ans et fréquente Florian depuis deux ans. Au départ, ils faisaient l’amour tous les jours. C’est le lot des débuts, vendu avec ses papillons : en pleine phase de découverte, les hormones s’agitent, nous donnent soif de l’autre et coupent la faim. Puis le sexe cède sa place, en partie. On construit une relation, on s’installe, on épouse une routine enveloppante.
Charlotte connait cette routine, des soirées Netflix et des dimanches au marché. Mais au milieu de ces habitudes qui constituent son couple et le solidifient, le sexe prend toujours beaucoup de place. Aujourd’hui, elle nous confie le plaisir pris dans les bras de Florian mais aussi sa lassitude, deux sentiments qui ne cessent de se chevaucher. Oui on peut prendre son pied mais oui on peut en avoir marre de faire l’amour tous les jours. Son point de vue fait du bien et nous rappelle que la qualité, la ponctualité et la surprise, ça compte aussi. Témoignage.
« Le sexe tous les jours, c’est comme manger une raclette tous les soirs »
Le sexe tous les jours, c’est comme se caler une raclette tous les soirs : au départ, tu es content, à la longue, tu n’as plus faim. Je dis ça parce que je suis une gourmande et que j’ai appris à varier les plaisirs pour ne pas tomber dans l’ennui culinaire. Et donc parfois, faire l’amour tous les jours me donne l’impression de profiter d’un plat que j’adore mais qui m’excite moins. Plus trop de découverte. Terrain connu. Avec Florian, c’est pareil. Le plaisir est au rendez-vous mais mon désir sexuel n’est pas toujours très présent. Je n’ai pas le temps d’avoir envie, mais une fois que j’y suis, c’est agréable, c’est comme j’aime, c’est mon mec.
Au tout début de notre histoire, j’aimais faire l’amour tous les jours. C’était nouveau et puis ça me rassurait. Quand on voit que ça fonctionne, on se dit tout de suite que l’histoire est bien partie, comme si sans sexe ou avec du « mauvais sexe », une relation n’avait aucune chance de se développer. Seulement, moi je m’attendais à ce que le rythme ralentisse, surtout quand on a pris un appartement au bout de huit mois. A partir du moment où on est ensemble tous les jours, tous les soirs, toutes les nuits, il me paraissait évident qu’on ne fasse plus autant l’amour. Alors oui, ça freine, mais vraiment tout doux.
« A la longue, le sexe tous les jours étouffe le désir »
Je ne peux pas dire que Florian initie tous les rapports et que je me sens contrainte de répondre positivement à ses sollicitations. Moi aussi, je le cherche. Je le cherche quand il ne me cherche pas, et il me cherche quand je ne le cherche pas. C’est un peu comme si j’avais envie les jours pairs et lui impairs. C’est mal foutu. Bien sûr, il m’arrive de refuser, tout comme il m’est arrivé par le passé de souffler en silence et de m’y atteler. Pour ne pas le frustrer, pour ne pas le vexer, et aussi parce que je savais qu’une fois le rapport engendré, j’allais prendre du plaisir. L’appétit qui vient en mangeant, finalement. Ça revient un peu à pousser la voiture pour qu’elle démarre.
J’aime faire l’amour avec lui, plus qu’avec mes précédents partenaires. Ce qui explique, forcément, notre rythme soutenu. Je prends énormément de plaisir avec lui, j’oublie tout. Je trouve que le sexe entre nous est une déclaration d’amour physique. C’est aussi un moyen de nous connecter, de nous détendre. Parfois, on se caresse, on se fait jouir, et la télé continue de faire danser Stéphane Plaza qui négocie un duplex. Seulement, c’est vrai, je trouve que le sexe tous les jours – ou presque, a légèrement étouffé mon désir à la longue. Mon désir n’a plus de temps et l’espace de s’exprimer. Il est là, cloitré dans un deux pièces sans imagination. Il y a quelque chose de très machinal. En fait, j’ai une envie machinale, donc ce n’est pas tant une envie, c’est un réflexe, comme le baiser pour se dire bonjour ou bonsoir. On fait l’amour parce que c’est comme ça, parce qu’on a pris le pli et parce que c’est agréable, que nous nous connaissons par coeur. Mais il y a quelques mois, j’ai choisi de prendre un autre pli. Je veux créer du manque et de la surprise.
Source : Journal des femmes
