19 mai 2026

« Je jouis trop vite, en deux ou trois minutes max » (Elisa, 34 ans)

Elisa a 34 ans, elle connait bien son corps et jouit en quelques minutes à peine. Elle a accepté de nous parler de son rapport à l’orgasme et nous livre des confidences très intimes.

L’information circule, les études se multiplient et les témoignages aussi. Malgré ça, l’orgasme féminin continue d’afficher un visage mystérieux. Difficile à atteindre, moins fréquent que l’orgasme masculin, plutôt cérébral… la jouissance  féminine donne du fil à retordre et s’inscrit encore comme étant la « pauvrette » de l’histoire. Pourtant, on sait et on affirme aujourd’hui que le clitoris est l’organe de la jouissance. On sait que l’orgasme n’est pas qu’une question d’émotions et de partenaires. Que de découvertes qui amènent les femmes à s’ouvrir, s’explorer et se connaître. Que de découvertes qui redonnent confiance et encouragent à aller plus loin, à reconsidérer son corps et son sexe comme merveilleux et prometteurs. Finalement, il est question de savoir que c’est « possible ». Possible de s’exprimer, d’avoir du plaisir, de s’épanouir et de jouir.

Elisa a 34 ans et n’en a jamais douté. Depuis qu’elle est active sexuellement, elle jouit vite et peut-être trop vite à son goût. Si longtemps cette « accessibilité orgasmique » est venue la perturber, la jeune femme tient à rappeler aujourd’hui qu’elle est la preuve, parmi bien d’autres, que la connaissance de soi est une clé et que non, l’orgasme féminin n’est pas une légende, un truc « dans la tête ». Bien entendu, chaque corps est différent et l’orgasme résulte toujours d’une multitude de facteurs, qu’ils soient physiques, psychologiques ou contextuels. Mais ses confidences font réfléchir et, dans une certaine mesure, nous rassurent. Plutôt que de les accueillir par le prisme du complexe, accueillons-les comme une bonne nouvelle, une source d’inspiration, une pierre à l’édifice.

« Je n’ai jamais à chercher l’orgasme, à le provoquer, à changer de positions vingt fois »

Il m’arrive d’atteindre l’orgasme en deux ou trois minutes, que je sois seule ou avec mon partenaire. C’est une moyenne. Seule, c’est parfois plus rapide que ça, et à deux, ça peut traîner un peu. Mais je n’ai jamais à m’en faire, je n’ai jamais à « chercher » l’orgasme, à le provoquer, à changer de positions vingt fois. C’est presque magique, ça fonctionne à merveille, ma vie sexuelle se porte très bien, mais je dois dire que jouir très vite revient parfois à jouir trop vite. J’aimerais que ça dure plus longtemps, j’aimerais que l’orgasme soit plus malin que moi, j’aimerais aller le chercher au fond de moi, au fond de l’autre. Peut-être qu’on n’est jamais contente. Ne pas jouir facilement questionne et complexe certaines femmes. Jouir facilement aussi. C’est comme la couleur des cheveux, la taille des seins. On voudrait changer de camp, au moins pour apprécier le sien.

« J’ai envie de témoigner pour rassurer, pas pour me plaindre »

Je me suis longtemps intéressée au phénomène BodyPositive. J’ai remarqué que certaines femmes, minces, jolies, postaient des photos d’elles sur Instagram en témoignant de leur rapport au corps, pas toujours joyeux. Elles se faisaient lyncher. Les femmes plus rondes ne comprenaient pas de quoi les femmes plus fines se plaignaient. Elles dénonçaient une injustice, voyaient les tailles 36 comme des intrus, alors même que le BodyPositive cause de la relation au corps et de ce besoin que nous avons toutes : lui lâcher la grappe, s’aimer comme on est. Si je dis ça, c’est parce que je n’ai pas envie d’être celle qui se plaint « pour rien ». On entend tellement que les femmes rament, du moins on lit tellement de conseils pour qu’elles jouissent, que tout ça laisse penser que le plaisir des femmes est un monde obscur, compliqué à pénétrer. Peut-être que certaines ne jouissent pas d’un claquement de doigt, mais j’imagine que je ne suis pas la seule à jouir aisément. J’en ai parlé avec des amis. Aucune ne confie être dans mon cas, mais nombreuses sont celles pour qui l’orgasme n’est pas un problème, qu’il soit accessible ou capricieux. Il est, et c’est déjà pas mal.

J’ai envie de témoigner pour rassurer, et non pas pour me plaindre. Pour montrer que certaines femmes connaissent leur corps, pour montrer que l’orgasme féminin n’est pas que dans la tête, que le corps lui-même est doté de cette capacité à jouir. Car oui, même avec des hommes dont je n’étais pas amoureuse et avec qui le rapport était moyen, j’ai joui. J’ai quasiment toujours joui, surtout en début de relation. J’ai même joui mécaniquement, avec un plaisir présent mais minime. Avec mon partenaire actuel, mes orgasmes sont plus puissants, plus grands, et parfois ils tardent à venir. C’est rare. Ça arrive quand je suis fatiguée et très stressée, mais généralement, quand c’est le cas, le désir n’est même pas présent et on ne fait pas l’amour.

« Alors même que le rapport démarrait à peine, que je portais encore ma culotte, l’orgasme survenait »

C’est vrai, je connais parfaitement mon corps. J’ai commencé à me masturber très tôt. Toujours en caressant mon clitoris. J‘ai longtemps cherché à explorer le plaisir vaginal, le point G, tous ces trucs qu’on nous servait quand j’étais adolescente. Jamais je n’ai ressenti un plaisir plus fort pendant la pénétration. C’est toujours grâce aux frottements du clitoris que l’orgasme s’est manifesté. Je n’ai jamais pensé que je passais à côté d’un plaisir plus grand et d’orgasmes plus surprenants, et je n’ai jamais complexé d’être une clitoridienne, seulement d’être une clitoridienne à fleur de peau.

Avec certains de mes ex, alors même que le rapport démarrait à peine, que je portais encore ma culotte, l’orgasme survenait. Les caresses à travers le tissu « suffisaient ». C’était très gênant, finalement, parce qu’après ça, mon clitoris est sensible et que je préfère qu’on n’y touche plus ! Alors direction le vagin, pour une autre forme de plaisir. Parfois, si le rapport durait, mon clitoris reprenait des couleurs, était de nouveau disponible et disposé, si bien que je jouissais une seconde fois. Mais je n’ai connu ça qu’une fois ou deux.

Jouir trop vite – vraiment au bout de deux minutes – c’est peut-être un peu l’éjaculation précoce chez l’homme. A la différence que moi, en tant que femme, je peux le cacher, là où un mec peut difficilement faire semblant. Et parce que la voie vaginale vient à la rescousse, prête à prendre le relais dans mon cas, les meubles sont sauvés. Néanmoins, ce n’est jamais aussi agréable. Ça l’est, mais je suis tellement sensible et amoureuse du clitoris que le rapport prend une autre tournure. C’est aussi l’occasion de découvrir mon plaisir autrement. Seulement, j’aimerais vraiment que cette montée de plaisir avant l’orgasme s’étale davantage. Que l’escalier se grimpe moins vite. Que cet état se prolonge. C’est si bon que je trouve ça dommage quand même de ne pas profiter plus longtemps de ces sensations.

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Source : Journal des femmes

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