Entre manque et frustrations dans le couple, l’infidélité apparaît souvent comme une porte entrouverte. Mais que raconte réellement cette envie d’ailleurs ? Comment la traverser sans pulvériser la relation ? Conseils de François St Père, psychologue.
Derrière la tentation de tromper son partenaire, il y a rarement un simple caprice. « Dans environ 80 % des cas, l’infidélité est expliquée par l’insatisfaction de la relation » nous partage François St Père, psychologue. Les personnes qui consultent disent se sentir « maltraitées, négligées » dans leur couple parfois depuis « plusieurs mois ou plusieurs années ». Elles décrivent un besoin non comblé, mais pas forcément de sexe contrairement à ce que l’on pense souvent. Non, c’est plutôt le sentiment de ne pas de se sentir importantes, appréciées et considérées par le partenaire qui ouvre la voie de l’infidélité. L’idée d’aller voir ailleurs n’est alors pas tant la recherche d’un frisson que celle d’un rappel de sa valeur personnelle.
D’autres infidélités, en revanche, sont liées à des enjeux plus intimes – connaître ou confirmer son orientation sexuelle, par exemple – mais, souligne le psychologue, « la grande majorité du temps, on a envie de tromper son partenaire parce qu’on ne se sent pas aimé de la façon que l’on souhaiterait ». Ceux qui ont construit une famille tentent souvent, pendant longtemps, de sensibiliser leur partenaire à ce qui les dérange. Mais plus ils insistent, plus l’autre peut résister, par peur d’être contrôlé. Le terrain devient alors glissant pour les partenaires : d’un côté, un besoin qui s’exprime mal ou trop tard ; de l’autre, une défense qui durcit. Avec, entre les deux, l’espace parfait pour qu’une tentation prenne place.
Et cette tentation n’a pas besoin d’un scénario romanesque pour apparaître. « On vit dans un monde d’opportunités », rappelle François St Père. Internet, rencontres professionnelles, réseaux sociaux ou les situations du quotidien multiplient les occasions d’attention extérieure. Cela peut commencer par des compliments, puis se transformer doucement : « Plus la relation avance, plus l’attention est soutenue, car cette relation nous fait du bien ». Quand quelqu’un nous renvoie une image plus vivante de nous-même — plus valorisée, plus vue, plus entendue — le risque de basculer augmente. Une connexion agréable devient alors du temps partagé, puis des pensées récurrentes, parfois un début de projection. Et c’est là que la relation d’origine se complique.
Se poser, réfléchir, ralentir
Se poser, réfléchir, ralentir : le psychologue insiste sur cette étape que beaucoup négligent. « C’est vraiment souhaitable de réfléchir avant un passage à l’acte », dit-il, même si ce n’est pas le réflexe de tout le monde et que certains fonctionnent davantage « aux pulsions, aux émotions, aux désirs ». Pour ceux qui vivent une relation installée, avec un quotidien construit, il encourage à questionner ce qui pourrait être amélioré sans aller vers une double vie. Qu’est-ce qui manque réellement ? Qu’est-ce qui pourrait être accepté ou ajusté ? Et que se passerait-il si l’autre découvrait l’infidélité ? Il le rappelle clairement : « Il n’y a rien qui est plus dommageable, qui fait plus mal, que la découverte d’infidélité. » La trahison bouscule profondément la sécurité émotionnelle du partenaire et laisse des traces qui durent.
Source : Journal des femmes
